L’étude du Fâ (ou Ifá chez les Yorubas), système divinatoire des peuples nigerians, beninois et togolais entre autres, nécessite d’aborder à la fois ses racines historiques, sa place structurelle dans la cosmologie.
Les origines historiques du Fâ
L’origine historique absolue du Fâ reste complexe et entourée de mystère, se situant à la frontière entre le mythe et l’histoire. Trois approches se heurtent quant à d’iddentification exacte de son origine.
- L’origine d’Ilé-Ifẹ̀ (Yoruba)
Les recherches anthropologiques et historiques s’accordent à dire que le système divinatoire du â, tel qu’il est pratiqué sur la côte du Golfe du Bénin, trouve son origine lointaine dans la cité sacrée d’Ilé-Ifè, au Nigeria. Entre le XIe et le XIVe siècle, cette cité était le cœur battant de la culture Yoruba. La difficulté se situe au niveau de l’identification de quelle cité Ilé-Ifè puisqu’il en a existé plusieurs dont on ignore encore les zones géographiques. Elles pourraient se situer au Benin, togo ou encore l’actuel Nigeria. Cependant, les recherches nous persuadent sur le fait que le système fa s’est propagé dans l’actuel d’Ilé-Ifè. Sur le plan historique et mythologique, le système Ifá est intrinsèquement l
ié à cette cité, au Nigeria actuel. Orunmila, la divinité de la sagesse et de la divination, est une figure centrale de la spiritualité isese. La langue liturgique utilisée dans les versets (Ese Ifá) est le Yoruba ancien, ce qui constitue une preuve philologique forte de son ancrage dans cette culture. Les Ese Ifá s’articulent principalement autour des récits historiques et mythologies yoruba mais mentionnent aussi les territoires voisins.
Son introduction et sa diffusion massive dans l’ancien royaume du Dahomey (actuel Bénin) dateraient du XVIe ou XVIIe siècle. Bien que certaines légendes affirment que « le Fa ne naquit pas d’Ifè » pour revendiquer une autochtonie béninoise, la filiation directe avec le système Ifá yoruba est indéniable. En revanche ce qu’il faut notifier est qu’il se pourrait que le fa soit déjà présent sur le sol de l’actuel Bénin avant son introduction dans le royaume de Dahomey. Historiquement, le Fâ s’est imposé non seulement comme un outil spirituel, mais aussi comme un instrument politique majeur pour les rois d’Abomey, qui le consultaient avant toute décision étatique ou militaire.
- L’origine Arabe (La Géomancie)
C’est une approche qui est répandue stipulant que le fa serait d’origine mésopotamienne et serait apportée au nigerian à travers les marchants arabes comme le pense Brehima Kassibo. Des auteurs tels que Williamn Bascom et Judith Gleason établissent aussi le même lien. Judith Gleason ira jusqu’à dire par exemple que le nom Orunmila27 dériverait de ram’l qui désigne en arabe, le sable (sur lequel les signes géomantiques sont inscrits) et le terme d’Ifa dériverait du mot arabe fa’l. Mais leurs analyses sont fausses et semblent etre une tentative desesperée d’absolument d’attribuer l’origine du fa aux arabes. Par contre, nous devons nous poser des questions sur l’origine de la tracée des signes sur le sable. Mais aussi sur les symboles des odu qui ressemblent à ceux qu’on retrouve dans le fa mais aussi dans le sikidy (héritière de la géomancie arabe) ou encore dans le Yi king mais l’orientation est différente. Il est évident cependant que le fa partage des racines lointaines ou des influences croisées avec la géomancie islamique, qui s’est diffusée en Afrique. Les deux systèmes utilisent l’inscription de traits pairs ou impairs pour former des figures. D’ailleurs des systèmes de divination existant dans l’actuel nigérian comme ce
- L’origine de l’Égypte Antique
Certains historiens et traditions orales suggèrent que les peuples du Golfe de Guinée (Yoruba, Fon, Ewe) seraient issus de vagues migratoires venant de la vallée du Nil. Selon cette perspective, le système de connaissance qu’est le Fa aurait été transporté depuis l’Égypte vers l’Afrique de l’Ouest, évoluant au fil des millénaires pour s’adapter au contexte local tout en conservant sa structure fondamentale. La première analogie faite souvent est celle de Orunmila et Thot (Tehuti). En Égypte, il est le dieu de l’écriture, de la géométrie, de la mesure du temps et le scribe des dieux. Il détient les secrets de l’univers. Orunmila (ou l’esprit du Fa) est le témoin de la création, le maître de la parole divine et celui qui possède la connaissance des destins. Le rapprochement se fait sur l’idée que le Fa, tout comme les enseignements de Thot, est une « science » de l’ordre cosmique et non une simple superstition. Mais il n’existe aucun papyrus qui atteste de cette origine égyptienne.
Le Fâ et le Yi King
C’est la comparaison la plus étudiée par les chercheurs (comme Jørgen Podemann Sørensen). Les deux systèmes partagent une architecture mathématique et binaire extraordinaire :
- La combinatoire : Le Yi King chinois utilise des tiges d’achillée pour générer 8 trigrammes de base, aboutissant à 64 hexagrammes. Le Fâ, quant à lui, utilise 16 noix de palme (ou un chapelet Opele) manipulées par le devin pour générer 16 signes mères (Meji), aboutissant à 256 combinaisons possibles (les Odu).
- Le fonctionnement : Dans les deux cas, un procédé aléatoire physique (le tirage) permet d’accéder à un « texte exemplaire ». Chaque hexagramme ou chaque Odu correspond à un vaste corpus de textes, de proverbes et de mythes que le prêtre doit interpréter en fonction du problème du consultant.
Le Fâ comme ancêtre de l’informatique (« Digital Divination ») Certaines études contemporaines analysent le Fâ sous le prisme des technologies de l’information comme les travaux de Gratien Ahouanmenou. Le système de tirage binaire (ouvert/fermé, pair/impair) du Fâ a été comparé aux prémices du code informatique. Le rituel divinatoire fonctionne comme un système de recherche de données : un « input » (la question), un processus d’accès aléatoire (le tirage des noix), et un « output » (le verset du Fâ tiré de l’immense base de données orale mémorisée par le Bokonon).