Dans la tradition vodoun, les autels et les cérémonies ne sont pas juste des lieux de prière ou des rituels folkloriques. Ils constituent une véritable technologie spirituelle. On peut les concevoir respectivement comme le « matériel » (hardware) et le « logiciel » (software) permettant la circulation de l’énergie vitale entre le monde visible (gbetomè) et le monde invisible (kutomè ou yêku).

Dans le vodoun, les autels et les cérémonies ne sont pas de simples lieux de prière ou des rituels folkloriques ; ils constituent, si vous permettez l’expression, une véritable technologie spirituelle. On peut les concevoir respectivement comme le « matériel » (hardware) et le « logiciel » (software) permettant la circulation de l’énergie vitale entre le monde visible (Gbêtomê) et le monde invisible (Kùtomê).

1. Les Autels : L’Architecture de la Présence

L’autel vodoun est un point d’ancrage, un support, un canal de transmission. Les esprits sont des forces diffuses et l’autel permet de les « fixer » ou de les « localiser » pour interagir avec eux en toute sécurité.

  • L’Asên : Comme évoqué précédemment, l’asên est un autel portatif en fer forgé. Sa fonction première est d’offrir un support matériel pour honorer la memoire des défunts. En plantant la tige dans le sol, on connecte l’objet à la terre, tandis que le plateau supérieur reçoit les offrandes. C’est littéralement la table à manger des ancêtres, transformant le souvenir abstrait en une relation d’échange tangible.   
  • Le Legba : L’autel de Legba est souvent un monticule de terre situé à l’extérieur des maisons ou à l’entrée des temples, parfois doté d’attributs phalliques symbolisant la vie et la puissance génératrice. Gabin Djimasse, historien, conservateur des palais royaux d’Abomey et directeur de l’office du tourisme d’Abomey dans le Danxome d’alors, estime que le phallus en érection du Lègba symbolise l’homme doté de ses 5 sens.  Son rôle est topologique : il sécurise les frontières. Aucun rituel ne peut atteindre les autres divinités si l’autel de Legba n’a pas été « activé » en premier.   
  • Le Duwo ou Gbana : Cet autel secret, enterré dans le sanctuaire du devin (Fagbasa), est une jarre percée aux deux extrémités. Il sert de « rein » mystique : lors des rituels de substitution (Vosisa), on y verse des liquides chargés des maux du client. L’objet filtre et draine ces énergies négatives directement dans les profondeurs de la terre, protégeant ainsi la communauté de la contamination spirituelle.   
  • Les Autels de Mami Wata (L’Esthétique de l’Accumulation) : Contrairement aux autels austères en fer ou en terre, ceux de Mami Wata (divinité des eaux et de la richesse) ressemblent souvent à des coiffeuses occidentales ou hindoues. Ils sont couverts de miroirs, de parfums, de poudres et d’objets importés. Ici, l’autel sert à séduire l’esprit par le reflet et le luxe, établissant un lien avec la modernité et l’argent. 1   

2. Les Cérémonies : La Mécanique de l’Échange

Si l’autel est le point de contact, la cérémonie est l’acte qui ouvre la ligne de communication. La logique sous-jacente est celle de la réciprocité : les humains entretiennent la vie à travers les divinités, et en retour, la vie les entretient aussi.

  • La Libation et le Sacrifice : C’est l’acte fondamental. Verser de l’eau, de l’huile de palme rouge ou de l’alcool (gin, sodabi) sur le sol ou l’autel est à la fois un acte symbolique et nutritif pour l’esprit. Le sacrifice animal libère l’énergie vitale, le yê contenu dans le sang pour revitaliser la divinité.   
  • La Transe et la Possession : Lors des grandes cérémonies, la frontière entre les mondes s’efface via la possession. L’initié (Hounsi, l’épouse ou expoux de la divinité) cesse d’être lui-même pour devenir le cheval du vodoun. La divinité danse, parle et agit à travers le corps humain. Pour la communauté, voir la divinité danser permet de réaffirmer l’ordre social et de recevoir des bénédictions directes.  On dit Hunjê asi ta, la divinité s’est incarné à travers son époux ou épouse.
  • Les Masques : Justice et Ordre Social : Certaines cérémonies ont une fonction judiciaire et policière.
    • Le Zangbeto (Gardiens de la Nuit) : Des masques de paille tourbillonnants patrouillent pour chasser les mauvais esprits et les voleurs, agissant comme une police spirituelle.   
    • Les Egungun (Revenants) : Ces masques d’étoffes riches incarnent physiquement les ancêtres revenant parmi les vivants pour régler les conflits familiaux.  

Source

Susuji Behanzin. Le danxomê d’alors

https://www.scribd.com/document/738870212/Drewal-MermaidsMirrorsSnake-1988

https://www.researchgate.net/publication/315715830_Local_Transformations_Global_Inspirations

https://etd.library.emory.edu/downloads/8k71nh90v?locale=

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