Le culte de la kola est né dans la zone qui relie le nord de la Gold Coast, le Togo et le Dahomey. Tu découvres ici comment ce culte s’est formé, pourquoi il a circulé aussi vite et comment il a évolué dans un contexte marqué par les migrations, les échanges commerciaux et la colonisation. L’étude repose sur les analyses de Laurent Manière mais aussi sur les travaux de Parker, Field, de Surgy et Brivio.
- Origines géographiques et culturelles
Le culte de la kola vient du nord de la Gold Coast. Cette région servait de zone de contact entre les peuples de la savane et les communautés du littoral. Des travailleurs venus du nord, hausa et gurma, descendaient vers le Sud pour les mines, le cacao ou les chantiers. Ils transportaient avec eux des objets religieux et des pratiques de guérison basées sur la kola. Ces circulations expliquent l’arrivée de divinités comme Kunde dans les régions forestières d’Akim puis jusqu’à la côte .
Dans le nord, la kola servait déjà dans la médecine locale et dans certains rituels. Plus au sud, les populations connaissaient la kola comme stimulant social ou rituel. Ce terrain favorable a facilité son intégration dans de nouveaux cultes.
- Les premiers traits du culte
Le culte associait des offrandes de kola, des sacrifices simples et l’usage d’un oracle. Il proposait de diagnostiquer les malheurs, de guérir les malades et de repérer les sorciers. Le système reprenait des éléments du Fa ou Afa, très utilisé dans la région pour interpréter les évènements et la maladie. Par exemple, consulter la kola permettait de déterminer si un malade allait vivre ou s’il cachait une faute à avouer .
Le culte s’adressait à ceux qui cherchaient un remède contre la sorcellerie, les maladies vénériennes et les crises sociales créées par les nouvelles économies coloniales. La kola devenait un médicament universel, mâché puis recraché sur le patient par le prêtre.
- Les conditions sociales qui ont favorisé son expansion
Le développement du cacao, les migrations et la désorganisation sociale provoquée par la colonisation ont augmenté la demande de nouveaux cultes efficaces. Beaucoup de villages importaient des « remèdes » venus du Nord pour lutter contre la sorcellerie ou protéger leurs champs. Le culte de la kola a prospéré parce qu’il donnait des réponses rapides à des inquiétudes concrètes : maladie, fécondité, travail, justice locale . - Le rôle des migrations et des réseaux
Les routes commerciales reliant Gold Coast, Togo et Dahomey ont accéléré la diffusion du culte. Les échanges étaient constants. Du bétail, du gari et des travailleurs circulaient dans un sens, des objets religieux et des cultes circulaient dans l’autre. Les communautés togolaises et fon achetaient des divinités ou faisaient venir des prêtres du Nord, ce qui créait des réseaux transfrontaliers capables d’entretenir le culte sur plusieurs territoires .
L’introduction du culte au Togo, par Kodjo Kuma, illustre bien ce fonctionnement. Son activité, décrite par les missions, ressemble à une organisation structurée qui vendait des droits d’installation, organisait des centres régionaux et contrôlait les pratiques locales.
- Adaptations locales du culte
Le culte de la kola s’est adapté à chaque zone traversée caractérisée trois marqueurs importants.
• Intégration dans le système Vodun
Les Ewe et les Fon ont intégré ces divinités dans les Atike-vodu, des vodu-médicaments utilisés pour guérir et protéger. Les rites goro-vodu sont devenus une catégorie complète à part entière .
• Influence chrétienne
Au Togo surtout, les missionnaires remarquent que les chants reprenaient des mélodies chrétiennes et que les adeptes observaient le dimanche. Certains chefs chrétiens sont devenus installateurs du culte. Cette influence venait souvent de communautés protestantes laissées sans encadrement après le départ des missions allemandes. Les responsables y voyaient un signe de dégénérescence du christianisme, mais l’analyse moderne montre plutôt une adaptation locale .
• Position face au vodu
Le culte se présentait comme un remède contre la sorcellerie, ce qui renforçait son attractivité. Il rejetait les gris-gris et proposait une justice rapide fondée sur la confession et l’oracle. Cette position l’installait entre les vodu anciens et le christianisme, créant un espace religieux intermédiaire.
- Arrivée au Dahomey
Au Dahomey, plusieurs cultes de la kola apparaissent entre 1930 et 1937. Le cas d’Alafia à Cotonou montre une adaptation forte :
• chapelle en dur
• culte mensuel
• lutte active contre la sorcellerie
• protection contre les maladies et les accidents
• absence d’alcool, usage exclusif de la kola et du chien pour le sacrifice
Certains administrateurs coloniaux ont pensé que ces mouvements étaient dangereux et politiques. Mais l’enquête montre plutôt des groupes centrés sur la guérison, l’organisation sociale et une justice locale alternative.
- Une logique d’entrepreneuriat religieux
Le culte de la kola a vu naître des entrepreneurs religieux comme Kodjo Kuma. Ils vendaient l’installation des sanctuaires, imposaient des redevances et construisaient des réseaux d’influence. Ces pratiques répondaient à la perte d’autorité des chefs locaux, affaiblis par les administrations coloniales. Le culte offrait une nouvelle base de légitimité, de revenus et de pouvoir aux notables locaux . - Signification profonde du culte
Le culte de la kola remplit trois fonctions.
• Une réponse aux incertitudes coloniales
Travail instable, maladies, migrations, nouvelles frontières. La kola devient un outil simple pour expliquer les événements et rétablir un équilibre.
• Une structure communautaire
Chaque village peut ouvrir un sanctuaire. Les règles sont claires et les fautes punies immédiatement.
• Une thérapie collective
Transes, confessions et sacrifices servent à produire un apaisement social.
- Trajectoires contemporaines
Aujourd’hui, le gorovodu ou « tron » existe toujours au Bénin. Les chercheurs le décrivent comme un vodu propre, orienté vers la lutte contre la sorcellerie et adopté par des populations urbaines en quête d’identité. Il continue de fonctionner comme un culte volontaire, sans initiation longue, centré sur une divinité unique, ce qui le rend adaptable aux milieux modernes.
Article inspiré par Les cultes de la kola dans l’Afrique coloniale : trajectoires et appropriations d’un phénomène religieux de Laurent Manière
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On est ensemble mon frère