Commençons par le commencement. Les mots.

Le mot vodoun vient du fon. Il désigne ce qui est de l’autre monde. Une force invisible. Un principe qui existe dans la nature avant que l’homme n’arrive. Avant que l’homme ne le nomme. Avant que l’homme ne le comprenne.

Le mot orisha vient du yoruba. Ori signifie la tête. La tête intérieure. Ce que les Yoruba appellent l’essence profonde d’un être. Et sha vient de isha, qui désigne ce qui a été choisi, ce qui a été élu. L’orisha c’est donc la tête qui a été choisie. Celui ou celle qui a vécu sur terre et qui a incarné un principe au point de le devenir.

Vous voyez déjà la différence fondamentale.

Le vodoun est cosmologique d’abord. Il est dans la nature avant l’homme. Xèvioso n’a pas attendu que quelqu’un vive et meure pour exister. La foudre frappait la terre avant nous. Dan le serpent traversait l’univers avant nous. Ce sont des principes observables. Des forces que vous pouvez voir à l’œuvre chaque jour.

L’orisha est anthropologique d’abord. Il part de l’humain. Shango a vécu. Il a régné. Il a incarné la puissance de la foudre et de la justice avec une intensité si absolue que sa vie a rejoint le principe lui-même. Ce que les Yoruba appellent l’irunmolè, ce sont les esprits primordiaux, les forces naturelles d’avant l’humanité. L’orisha, lui, c’est l’être humain divinisé qui est venu incarner ce même principe dans le monde des hommes.

Ce n’est pas la même démarche.

Imaginez un feu de forêt. Le feu existait avant vous. C’est l’irunmolè. L’orisha c’est le grand forgeron de votre village qui a maîtrisé ce feu toute sa vie, qui a transmis ce savoir, qui est mort dans ses flammes et dont la présence continue de chauffer votre fer.

Les deux désignent le feu. Mais l’un est la force brute de l’univers. L’autre est la mémoire humaine de cette force.

Maintenant je veux vous dire quelque chose d’important. Et de difficile.

Nous utilisons aujourd’hui le mot vodoun à tort et à travers. On appelle vodoun des entités qui sont en réalité des esprits de rois défunts, des ancêtres divinisés, des héros qui ont marqué leur peuple. Ce ne sont pas des forces naturelles primordiales. Ce sont des humains qui ont été élevés au rang du sacré. Ce sont techniquement plus proches de la logique de l’orisha que du vodoun au sens originel.

Les rois du Danhomè en sont responsables. Quand ils intégraient dans leur système les divinités des peuples vaincus, ils nommaient tout vodoun. C’était une décision politique. Elle n’avait pas de valeur cosmologique. Elle avait de la valeur pour la royauté d’Abomey.

Aujourd’hui nous héritons de cette confusion. Nous appelons vodoun des êtres qui relèvent de catégories différentes.

Je ne dis pas que c’est faux. Je dis que c’est imprécis. Et que cette imprécision nous empêche de comprendre vraiment ce que nous honorons.

Vodoun et orisha ne sont pas des synonymes. Ils ne sont pas non plus des ennemis. Ce sont deux façons que l’Afrique a trouvées de nommer et d’honorer les forces qui gouvernent la vie.

L’une regarde la nature. L’autre regarde l’homme.

Ensemble elles disent que le sacré est partout.

 

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